La Turquie s’est trouvée son monarque républicain…

20 Août

… qui promet d’être plus monarque que républicain. Quelques réflexions sur les résultats des présidentielles turques qui ont couronné Erdoğan président…

source : http://www.bobiler.org/karikatur_m302844n

Les trois candidats aux présidentielles (et sous Erdoğan, un sceau de sultan ottoman…)

Pour ces présidentielles, les premières de l’histoire turque à connaître le scrutin direct, l’enjeu était double : se débarrasser d’Erdogan et sauver le caractère parlementaire du régime, ce dernier ayant à moultes reprises déclarer son intention de présidentialiser le régime turque. C’est pour cette raison que le CHP s’est associé au MHP, parti d’extrême-droit et, troisième force politique au sein du parlement turc, ainsi qu’à une constellation de petits partis, nationalistes pour la plupart, afin de présenter un candidat commun relativement falot : Ekmeleddin İhsanoğlu, ancien secrétaire de l’Organisation de la Conférence Islamique, fonctionnaire et diplomate polyglotte, né en Égypte et diplômé d’Al Azhar, de tendance nationaliste islamique. Candidat de compromis, donc, fruit d’un pari politique risqué : chausser les souliers d’Erdoğan pour récupérer les votes de l’électorat AKP déçu, tout en s’assurant des suffrages des opposants des deux camps. La tactique avait pu sembler fonctionner lors des élections municipales de mars 2014, qui avaient vu le secrétaire général du CHP prendre certains accents ultra-nationalistes (« je croyais que Kılıçdaroğlu était kurde, mais il faut croire qu’en fait c’était un loup [gris] » avait ainsi astucieusement souligné Demirtaş, jouant de l’homophonie des termes Kürt et kurt), s’opposer haut et fort aux pourparlers sur la question kurde et faire de l’œil à l’électorat d’extrême-droite, posture relativement inattendue pour un social-démocrate originaire de Tunceli ayant la réputation d’être un homme de compromis mais de sympathie social-démocrate… Quoi qu’il en soit la tactique semblait avoir payé, car le CHP avait enregistré des scores relativement élevés et manqué ravir Ankara, en dépit des nombreuses irrégularités et tripatouillages dont s’était rendu coupable le parti au pouvoir. Lire la suite

Scandales de corruption à la chaîne en Turquie

19 Déc

Actualité politique « sismique » en Turquie… Trois scandales mêlés de corruption et de pots-de-vin éclaboussent le gouvernement et rallument la guerre entre l’AKP et la Confrérie de Fethullah Gülen.

Avant-hier soir plusieurs personnalités ont été placées en garde à vue par le parquet d’Istanbul dans le cadre d’une triple enquête ouverte pour corruption, pots-de-vin, détournement d’argent et utilisation frauduleuse de fonds.

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Ahmet Şık : « Ce qui se joue est une guerre pour le contrôle de l’Etat »

2 Déc

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Entretien avec Ahmet Şık réalisé par Barış Ince pour BIRGÜN
25/11/2013
Article original

Ahmet Şık est un journaliste d’investigation bien connu en Turquie, qui a travaillé notamment pour Radikal, Evrensel et Yeni Yüzyil. Débarqué en 2005 du journal Radikal en raison d’un procès intenté à son encontre par le groupe Dogan, il a couvert plusieurs dossiers sensibles, et investigué notamment sur l’affaire Ergenekon. Alors qu’il se prépare à publier un livre très attendu intitulé l’Armée de l’Imam portant sur l’influence et la stratégie de conquête du pouvoir de la confrérie Gülen, il est interpellé, placé en examen et en détention le 3 mars 2011 dans le cadre de l’affaire Ergenekon, accusé d’appartenance à l’organisation terroriste éponyme. Son arrestation, dont le caractère arbitraire ne fait aucun doute provoque un grand émoi dans le pays et déclenche les critiques virulentes de la presse indépendante et des organisations de défense de droits de l’homme et de la liberté de la presse. Il est relaxé un an plus tard, avec son collègue Nedim Şener. Son ouvrage l’Armée de l’Imam (İmamın Ordusu) n’aurait jamais été publié, mais a amplement circulé sur internet dans sa version PDF, où il est toujours disponible.

imam'in ordusu

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Hikmet Çetinkaya : « La guerre AKP-Fethullah Gülen »

23 Nov

Un article qui dévoile quelque peu les coulisses des luttes féroces  sommet du pouvoir entre le gouvernement et la confrérie de Fethullah Gülen… En arrière-plan, la question de la fermeture des dershane, ou « cours du soir » qui sont devenus une véritable institution parallèle en Turquie, alignant 4000 écoles, 50000 enseignants et 20000 autres employés.  Le secteur concernerait environ 1 million deux cent mille écoliers par an, et vient suppléer aux manques d’un système éducatif parfois défaillant et à tout le moins très inégalitaire. Une bonne partie (probablement plus de la moitié) des écoliers turcs passent en effet directement de l’école aux cours du soir, qui se tiennent d’ailleurs aussi bien en journée pendant les week-end et les jours fériés, dans l’espoir de parvenir à décrocher une bonne place lors du concours d’entrée (YGS) à l’enseignement supérieur. Ce concours annuel sanctionne la fin de la scolarité secondaire et permet aux meilleurs d’accéder aux universités de leur choix. Ainsi qu’aux moins bons d’abandonner tout espoir de poursuivre leurs études… La pression est dès lors énorme, et il n’est pas rare que les écoliers redoublent plusieurs fois aux seules fins d’obtenir la ville et l’école de leur choix. Ils passeront dès lors un an, deux ans voire plus à étudier dans une dershane et à se préparer aux QCM du concours d’entrée.  Or une bonne part de ces centres de cours privés sont détenus par des membres de la confrérie Gülen, si bien que l’annonce des mesures à venir a été immédiatement perçue comme une attaque en règle contre la confrérie.  S’en est suivie une véritable campagne de presse menée par les médias proches des gülenistes, avec le grand quotidien Zaman en première ligne. Bref, le torchon brûle…

Hikmet CETINKAYA pour CUMHURRIYET
17/11/2013
Article original

hikmet çetinkaya

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