Du langage du pouvoir, texte + analyse

14 Sep

Voici un texte écrit par deux sociologues/anthropologues turcs ayant étudié aux Etats-Unis, Zeynep Kurtuluş Korkman (université de Californie) et Salih Can Açıksöz (université du Texas), qui s’appuie sur les gender studies pour analyser le discours d’Erdogan et la manière dont il a pu influencer le mouvement Gezi. Une fois n’est pas coutume, j’ai traduit le texte non pas du turc (bien qu’une première version plus courte soit parue en turc sur le site Bianet) mais de l’anglais. Le texte original est paru sur le site Jadaliyya, spécialisé dans l’actualité du moyen-orient. Vous pouvez le lire ici.

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"Tu es très chou"

« Tu es très chou »

La masculinité d’Erdogan et le langage du mouvement Gezi

 Zeynep Kurtuluş Korkman & Salih Can Açıksöz

Beaucoup de spécialistes de la Turquie ont été surpris par le refus du Premier Ministre Recep Tayyip Erdoğan de négocier avec les manifestants du parc Gezi dont le mouvement de résistance visant à la préservation d’un parc stambouliote s’est transformé en une vague nationale de manifestations urbaines de masse – en dépit des violentes tentatives de répression qui se poursuivent encore – et menace de se transformer en une crise politique et économique en bonne et due forme. Tandis qu’Erdoğan quittait précipitamment le pays pour un voyage diplomatique en Afrique du Nord pendant la montée en force des manifestations, les propos de modération tenus par son adjoint Bülent Arınç et le président Abdullah Gül ont créé une volonté de réconciliation dans l’opinion publique. Erdoğan en revanche a persisté dans la même tonalité provocatrice depuis la Tunisie, ouvrant la porte à de nombreuses théories conspirationnistes et spéculations, évoquant par exemple le fait que le Premier-ministre approcherait du terme de son existence biologique et/ou politique. Dans la langue de la rue il aurait « pété les plombs ». On se demandait si sa santé n’avait pas rapidement décliné et se trouvait dès lors sous médication lourde, ou encore s’il n’était pas en train d’être sacrifié par son parti pour qui il était devenu une charge et réagissait dès lors par fureur. Une fois rentré en Turquie, Erdoğan a continué ses interventions publiques agressives et menaçantes, en dépit de nombreux appels au dialogue et à la recherche d’un compromis avec les manifestants, si bien que même ses partisans s’interrogeaient dans les médias sur cet entêtement inutile. Depuis le début des manifestations, Erdoğan a sans cesse été critiqué pour son arrogance, sa grossièreté et son entêtement par des dizaines de commentateurs turcs et étrangers. Ces particularités personnelles qu’on lui prête se combinent bien avec son style politique désormais bien établi qui se caractérise par sa tendance à humilier et réprimander ses opposants. Faut-il se rappeler la manière dont il a modelé le vocabulaire des manifestants qui ont répondu à ses qualificatifs dégradants en s’appropriant ses insultes telles que « vandale » ou « ivrogne » ?

Le fait d’expliquer ou plutôt de justifier le style politique autoritaire d’Erdogan en référence à ses lubies personnelles présente le défaut de psychologiser la politique aux dépens d’une compréhension plus profonde de sa culture politique. Il faut s’efforcer de dépasser les approches psychologisantes pour analyser la politique d’Erdogan au miroir des questions de genre et illustrer la manière dont le langage adopté par le mouvement Gezi s’est constitué dans une relation dynamique avec la forme particulière de pouvoir genré qu’incarne Erdoğan.

« L’enfant casse, la mère répare et le père regarde ailleurs »

Après que des semaines de répressions policières brutales à l’encontre des manifestations de masse (qui ont fait quatre mort et des milliers de blessés dans la population civile) aient prouvé leur inefficacité, Erdoğan a rencontré personnellement une poignée d’artistes dans une campagne de relations publiques piètrement exécutée et visant à aider le gouvernement à faire vaciller l’opinion publique critique. Hülya Avşar, une actrice très populaire, a expliqué aux journalistes après la réunion avec Erdoğan qu’elle avait parlé « comme une mère qui élève un adolescent » et conseillé à Erdoğan de prendre exemple sur la manière dont fonctionnent les familles en cas de conflit : « L’enfant casse, la mère répare et le père regarde ailleurs ». Erdoğan a finalement tenu une réunion avec les représentants du mouvement, au cours duquel il s’est énervé, a interpellé brutalement une des rares femmes présentes dans la pièce, a refusé de se calmer et a quitté brusquement la réunion en compagnie de sa fille qui est sa consultante officielle. Une trêve fut brièvement déclarée mais seulement pour être brisée de manière retorse par l’intervention policière finale sur le parc Gezi qui a débouché sur des révoltes populaires encore plus massive et une campagne de terreur d’Etat. Trois semaines et plusieurs milliers de capsules de gaz lacrymogènes plus tard, Erdoğan est toujours aussi implacable et a répondu aux critiques portant sur sa « dureté » que « Tayyip Erdoğan ne changera pas. »

Interpréter l’obstination politique d’Erdogan comme un problème psychologique ou comportemental serait négliger l’univers de sens et de sentiments qui rendent le style de gouvernement d’Erdogan si évocateur. Si l’on analyse le répertoire politique dans lequel Erdoğan a construit son pouvoir et son charisme dans une perspective de sociologie du genre, l’obstination d’Erdogan peut être considérée non pas comme une excentricité personnelle mais plutôt comme une question de masculinité.

Pour commencer Erdoğan incarne une forme très spécifique de personnalité politique masculine. Sa masculinité est une synthèse originale entre les styles islamistes et de « petit dur » des villes qui influence sa voix et son langage corporel autant que sa manière d’exercer le pouvoir. Avec sa personnalité agressive, intransigeante et dominante, il prétend agir comme pourrait le fait le père, le frère ou le mari de tout un chacun (et de fait, l’un des graffitis féministes inventifs de Gezi Park appelle à divorcer d’Erdogan au travers du talak [formule traditionnelle de répudiation islamique] : « Talaq, Tayyip, Talaq ! »). Jusqu’à présent la masculinité autoritaire et patriarcale d’Erdoğan a été vu comme l’une des clés de son charisme et de sa popularité lui ayant permis de se propulser vers la carrière politique à succès qu’on lui connaît. C’est peut être également la raison pour laquelle il se refuse à tout compromis et se retrouve actuellement écrasé par le poids de son propre pouvoir. Erdoğan a renforcé son pouvoir en déployant cette masculinité comme un instrument de pouvoir. Il recommande régulièrement aux femmes d’avoir trois enfants, a récemment soutenu une interdiction de la vente au détail d’alcool après dix heures du soir et a rapporté que les filles s’asseyaient sur les genoux des garçons à Gezi Park pour délégitimer le mouvement. Autrement dit il s’approprie le rôle du mari qui veut trois enfants, du père qui interdit de boire le soir, du frère qui dénonce sa sœur pour fréquenter des garçons. Il est l’homme qui domine, interdit, réprimande, rabaisse et menace. Lorsqu’il ne parvient pas à maintenir son pouvoir par le consentement ou la coercition il n’a d’autre choix que de regarder ailleurs, d’ignorer et d’espérer que la mère intervienne pour calmer le jeu et apaiser les choses avant son retour à la maison (dans ce cas de figure c’est Bülent Arınç qui a initialement joué la partition de la mère mais Hülya Avşar lui a volé la vedette)

Le langage du mouvement

Le pouvoir masculin, voilà ce qui se trouve à l’origine de la personnalité antagoniste et des comportement à première vue irrationnels et incompréhensibles d’Erdoğan et c’est ce qui l’empêche de d’accepter la capacité d’agir et la dignité des manifestants. C’est également ce pouvoir masculin qui provoque la colère des manifestants qui ont l’impression d’être contrôlées, vus de haut et de ne pas être écoutés. C’est aussi la raison du langage supposément apolitique du mouvement qui recourt plus à l’humour et aux imprécations qu’à quelque idéologie partisane que ce soit et remet en cause la masculinité d’Erdoğan aux travers de jurons qui remettent en cause la taille de son pénis, son hétérosexualité et son impénétrabilité. Le langage du mouvement de résistance se confronte, questionne et réfute Erdoğan au travers des impératifs de l’hégémonie masculine. Le langage de la résistance est personnifié par le groupe de supporters de gauche Çarşı qui parle la langue du jeune homme pauvre et urbain et défie les policiers de « retirer leurs casques et prendre leurs matraques » pour se préparer à un combat équitable, « pour savoir qui est le vrai homme ». Ce langage masculin du mouvement s’efforce de féminiser Erdogan au travers d’insultes menaçantes évoquant le pénis ou des actes sexuels pénétratifs. Ce langage est le même que celui qu’emploie Erdoğan et en dépit ou peut-être grâce à cela il est devenu la voix des masses résistants contre le pouvoir et la domination masculine du Premier ministre. D’un côté ce langage masculin créée une espace de questionnement et de résistance au pouvoir politique. De l’autre côté, il « altérise » les femmes, les gays, lesbiennes, bisexuelles, transgenres et travailleurs du sexe qui ont joué un rôle fondamental dès le début du mouvement, en brandissant des insultes qui rabaissent ces groupes et les menacent de violences sexuelles. En d’autres termes la résistance parle le langage du pouvoir.

Une intervention féministe est possible. Ce n’est pas seulement possible mais aussi nécessaire afin de reconnaître l’un des principaux axes de pouvoir et de résistance, à savoir le genre et la sexualité, et d’articuler activismes féministe et LGBT avec d’autres luttes de justices sociales qui constituent le mouvement Gezi. L’analyse féministe nous suggère que ce que nous voyons sur les murs du mouvement Gezi n’est que le reflet projeté par la chambre noire de l’idéologie de genre. Les insultes phalliques visant Erdoğan expriment un mécontentement concernant le rôle masculin endossé par Erdoğan, sur le fait qu’il assume le rôle de père, de mari et de frère de la société toute entière et ont contribué à des critiques et une résistance contre le pouvoir masculin. Le langage masculin du mouvement a été récupéré et transformé par les féministes et les militants LGBT qui recouvrent les graffitis (hétéro-)sexistes de peinture rose, émettent des tee-shirts, des pancartes, des stickers exhortant à ne pas « insulter les femmes, les gays et les putes » [le texte original qui est celui d’un « atelier insultes » organisé par des manifestants féministes parlaient des insultes faites aux « femmes, aux pédés et aux putes »], subvertissent des chants (par exemple en substituant « vois les gays » à la place de « voyons qui est le vrai mec »), créent leurs propres slogans (tels ces panneaux déclarant une « zone Tayyip (et harcèlement)-free ») et encourage tout le monde à transformer son langage en invitant à résister « en persévérant, non en jurant ». Un « atelier injure » féministe a été tenu dans le parc pour s’interroger sur les insultes actuelles et l’argot et réinventer collectivement un langage non sexiste. Les stratégies productives comme la subversion et la réinvention ont permis un mouvement où la colère exprimé par les jeunes hommes des classes urbaines pauvres à travers des slogans sexistes étaient non pas effacée mais réécrite d’une manière non (hétéro-) sexiste. Ces interventions féministes sont cruciales pour la pleine reconnaissance des femmes, des LGBT et de leurs luttes politiques comme partie intégrante de l’opposition populaire ainsi que de la critique féministe comme essentielles à la compréhension du pouvoir et à la résistance.

Le mouvement de résistance Gezi a transformé l’expérience quotidienne qu’ont les femmes et les LGBT d’une sphère publique dominée par les hommes, au travers des nouveaux espaces publics qu’il a constitué et reconstitué durant les trois semaines écoulées. Avant le mouvement Gezi, Taksim – centre politique, culturel et touristique d’Istanbul – était également réputé pour le harcèlement exacerbé dont y étaient victimes les femmes, tout particulièrement durant les rassemblements publiques comme le premier de l’An, ainsi que pour les violences policières constantes subies par les personnes transgenres. Beaucoup de manifestants affirment que le parc Gezi et la place Taksim comme des espaces désormais totalement exempts de harcèlement sexuel, ce qui est peut-être exagéré, mais de fait les femmes, les gays, les personnes transgenres et les travailleurs du sexes se sont réappropriés les rues, les parcs, les places et les nuits à la faveur du mouvement. Ils se sont également trouvés renforcés [empowered] dans ce nouvel espace public dans lequel ils n’étaient plus sujet au harcèlement de rue habituel. Ces expériences genrées, ces savoirs et ces langages acquis dans et au travers du mouvement ont bénéficié aux mouvements féministe et LGBT autant qu’au mouvement dans son ensemble. Après que le mouvement ait été expulsé du Parc Gezi et que les répressions et violences policières aient rendu toute manifestation de masse impossible, la résistance s’est développée à travers de nouveaux espaces et a pris de nouvelles formes. La dernière forme en date consiste à se tenir debout, paisiblement, en public. Elle a d’emblée été surnommée « l’homme debout ». « La femme debout » et la « personne debout » ont immédiatement suivi. Le mouvement de résistance Gezi se réinvente en même temps qu’il réinvente le langage de la résistance.

[traduction Pierre Pandelé]

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Passons sur l’application à mon avis un peu vaine du petit bréviaire des genders studies (pénétro-centré, empowerment, intervention féministe…), à mon avis les auteurs ont parfaitement raison lorsqu’il s’agit de pointer du doigt l’attitude disons masculiniste (de préférence à « masculine ») d’Erdogan et manifestement torts au sujet du mouvement Gezi… L’attitude du Premier-Ministre puise à l’évidence dans un registre patriarcal, paternaliste et autoritaire à la croisée de l’islamisme, du conservatisme moral et du nationalisme, qui jure d’ailleurs avec les principes auxquels il adosse nommément son action, à savoir la démocratie, la concertation, le dialogue, la négociation… Cette figure du chef viril et dominateur n’a hélas rien d’original, et l’on observe d’ailleurs avec intérêt et, c’est selon, avec crainte ou enthousiasme la manière dont Erdoğan se réapproprie peu à peu les symboles républicains : lors de ces meetings celui-ci a d’ailleurs déclenché une « guerre de drapeaux » en demandant à ses partisans de suspendre le drapeau national à leurs fenêtres, les opposants nationalistes accrochant quant à eux le même drapeau national doublé cette fois d’un portrait d’Atatürk.

De même Erdoğan semble vouloir s’arroger peu à peu la figure de nouveau « chef » national, dans l’ombre de Mustafa Kemal, à moins qu’il ne s’agisse précisément de faire de l’ombre au père putatif de la nation, dont il revendique plutôt l’héritage de chef de guerre musulman opposé aux puissances alliées – Gazi – que celui de chef tout-puissant père ou ancêtre des Turc – Atatürk -. Mais les auteurs croient aussi déceler dans le « langage du mouvement » une sorte de double symétrique du langage du pouvoir, et c’est là que nos opinions divergent du tout au tout. Autant que j’aie pu le constater les manifestants du parc Gezi ont en effet et pour la grande majorité d’entre eux tout à fait sciemment refusé de s’affirmer dans un rapport de force viril et guerrier et se sont employés à déconstruire ce discours paternaliste et autoritaire que beaucoup ressentent comme un carcan par l’humour, la dérision, la légèreté et l’affirmation de valeurs qui lui sont en tout état de cause étrangères. C’est bien la génération de Gırgır et de ses petits cousins Penguen et Uykusuz (descendants de feu Lemon) qui s’exprime majoritairement dans le déluge d’images, de slogans, de graffitis qui a déferlé sur la toile, les murs de Taksim et les banderoles des manifestants. Ces revues satiriques très populaires ont en effet un lectorat très majoritairement urbain, étudiant et de gauche libérale ; elles constituent un espace de critique et de dérision vis à vis du pouvoir là où la presse sérieuse a à subir des pressions autrement plus régulières et importantes.

Qu’on ne s’y attende toutefois pas à y trouver les caricatures saignantes, les saillies anticléricales ou les grivoiseries de ses lointains homologues français que sont Charlie-Hebdo, l’Echo des Savanes ou Fluide Glacial, qui se placent très directement dans le sillage de la contre-culture libertaire des années 60. A un lecteur français coutumier des titres suscités, le ton des revues satiriques turques apparaîtrait sans nul doute bien sage et plutôt respectueux des convenances. Il faut dire que le climat de liberté n’est pas non plus tout à fait comparable.

En 2005 le dessinateur de presse Musa Kart avait écopé d’un procès pour avoir représenté le premier-ministre turc sous la forme d’un chat dans le journal d’opposition Cumhurriyet, ce à quoi le journal Penguen avait répliqué avec une couverture drolatique intitulée « le monde merveilleux des Tayyips » représentant Erdoğan sous différents animaux. 

 

"Le monde merveilleux des Tayyips"

« Le monde merveilleux des Tayyips »

 

Ces revues ont de suite pris parti du côté des manifestants, couvertures à l’appui, en publiant même un numéro spécial pour ce qui est d’Uykusuz.

 

"Allez pour une fois accepte que ça se passe pas comme tu veux Premier ministre, nous ça fait des années que c'est comme ça. Reste cool mon pote"

« Allez pour une fois accepte que ça se passe pas comme tu veux Premier ministre, nous ça fait des années que c’est comme ça. Reste cool mon pote »

 

Il est bien entendu difficile de livrer un aperçu soit disantreprésentatif d’un mouvement social qui plus-est réparti danspresque tout le pays. Mais dans l’ensemble, et c’est à mon avisl’une des raisons de la couverture médiatique très positive dontils ont bénéficié dans les pays occidentaux, ceux-ci s’inscriventclairement et sciemment dans un répertoire de valeurs culturellement libérales,pacifiques et égalitaires. Je vous ai mis quelques exemples de photos, de slogans, de graffitis du mouvement. Les photos visent bien entendu à mettre en parallèle lesmoyens dérisoires des manifestants, leur courage et leur idéalisme,face à une police sans scrupules et adepte de la violence. D’autres photos de tonalité plus guerrière ou belliqueuse existent, mais ce sont bien celles-ci qui ont été mises en avant sur tous les réseaux sociaux et parmi les manifestants de préférence aux premières.

Ainsi de cet homme habillé en mevlevi (derviche tourneur) ou de ces oiseaux Twitters dotés d’un masque à gaz, de cette jeune femme qui reçoit le jet d’eau sous pression d’un véhicule d’intervention en se tenant les bras ouverts en position christique, cet étudiant en short et tshirt qui tourne le dos et semble arrêter tout un bataillon de CRS… Les références, les détournements, les traits d’humour reprennent également toute une sous-culture générationnelle peu accessible aux moins de trente ans mais qui dénotent fortement l’ouverture sur la mass-culture mondialisée de cette classe d’âge, des Pokémon à Game of Thrones, de Grand Theft Auto au groupe LMFAO. Même les slogans qui pourraient a priori exprimer un certain bellicisme ou une certaine agressivité sont en réalité très souvent prétexte à une auto-dérision (comme la menace que représente prétendumment la génération « GTA ») qui atténue ou renverse complètement leur portée.   

 

Si bataille il y a, elle porte moins sur l’idéologie en tant que telle (on l’a dit ailleurs, les répertoires de justification sont assez divers) que sur des différences de posture et de sensibilité. Les manifestants s’opposent au discours paternaliste du pouvoir en faisant preuve d’une créativité, d’une insouciance, d’une loufoquerie qui constituent autour de marques de distanciation vis à vis du pouvoir et de l’ensemble des contraintes, des pressions, des répressions qu’il symbolise. Il est bien entendu possible de voir d’autres sensibilités s’exprimer, notamment parmi les groupes de supporters auxquels il est fait référence dans le texte (qui sont à l’origine du chant disant « jette ton casque, jette ta matraque et qu’on voit qui c’est la tête brûlée ») ou parmi les nationalistes de gauche qui tiennent un discours de confrontation beaucoup plus dur et beaucoup moins distancié, et qui pour certains ne se cachent pas d’appeler au coup d’Etat et se définissent comme les « soldats de Mustafa Kemal ». Mais ceux-ci ne constituaient pas et ne constituent toujours pas, en dépit du tour pris par les événements, l’élément moteur des manifestations ni ne possèdent une capacité suffisante pour être de réels prescripteurs au niveau du mouvement. 

Aussi il n’est à mon avis pas besoin de dénoncer un prétendu « masculinisme » décalque du langage du pouvoir pour pouvoir ensuite justifier de l’importance d’une intervention « correctrice » féministe…

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Sur la place Taksim

Sur la place Taksim

A Istiklal Caddesi

A Istiklal Caddesi

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Parfois accompagné de mentions du type "les manifestants se sont rendu coupables d'un usage excessif d'intelligence sur la police"

Parfois accompagné de mentions du type « les manifestants se sont rendu coupables d’un usage excessif d’intelligence sur la police »

Le petit oiseau bleu de Twitter s'est muni d'un masque à gaz...

Le petit oiseau bleu de Twitter s’est muni d’un masque à gaz…

"Le gaz lacrymo est bon pour la peau"

« Le gaz lacrymo est bon pour la peau »

"Même Edison est désolé"

« Même Edison est désolé »

"Prépare-toi, Tayyip is coming"

« Prépare-toi, Tayyip is coming »

"Si Dieu t'envoie des gaz lacrymo

« Si Dieu t’envoie des gaz lacrymo

"Toi aussi viens"

« Toi aussi viens »

"La génération 90 s'était pas fichue autant en rogne depuis le gamin qui a fait interdire les Pokemons" [un enfant qui s'était pris pour un Pokémon et avait sauté de son balcon avait entrainé la suppression de la la série à la télévision turque]

« La génération 90 s’était pas fichue autant en rogne depuis le gamin qui a fait interdire les Pokemons » [un enfant qui s’était pris pour un Pokémon et avait sauté de son balcon avait entrainé la suppression de la la série à la télévision turque]

"On est capable d'aspirer tout le gaz en un seul coup vieux chnoque"

« On est capable d’aspirer tout le gaz en un seul coup vieux chnoque »

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"Tu te coltines avec la génération qui frappait des policiers sur GTA"

« Tu te coltines avec la génération qui frappait des policiers sur GTA »

"On est des jeunes déjà très sensibles, pas la peine de nous lancer des gaz lacrymo [pour nous faire pleurer]"

« On est des jeunes déjà très sensibles, pas la peine de nous lancer des gaz lacrymo [pour nous faire pleurer] »

"Arrête les gaz lacrymo que je te fasse un bisou"

« Arrête les gaz lacrymo que je te fasse un bisou »

"La seule solution : Drogba" [le footballeur ivoirien joue à Galatasaray]

« La seule solution : Drogba » [le footballeur ivoirien joue à Galatasaray]

"J'arrive !"

« J’arrive ! »

"Au commencement était un nuage de gaz. Et puis tout a commencé"

« Au commencement était un nuage de gaz. Et puis tout a commencé »

"Je t'en prie, reviens pas !"

« Je t’en prie, reviens pas ! »

"Nous sommes les soldats de Mustafa Keser" [détournement du slogan "Nous sommes les soldats de Mustafa Kemal", avec le nom d'un chanteur de variété sentimental et débonnaire.

« Nous sommes les soldats de Mustafa Keser » [détournement du slogan « Nous sommes les soldats de Mustafa Kemal », avec le nom d’un chanteur de variété sentimental et débonnaire.

"Je chapoule tous les jours" (reprise du tube I'm Shuffling de LMFAO)

« Je chapoule tous les jours » (reprise du tube I’m Shuffling de LMFAO)
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