Coup d’Etat militaire avorté en Turquie !

16 Juil

Darbe

La tentative de coup d’Etat militaire en Turquie a avorté, à l’issue d’une nuit complètement folle. Les putschistes, des militaires constitués en un « Conseil de Paix Nationale » disposaient d’un certain nombre d’avions et d’hélicoptères militaires qui ont survolé Ankara et Istanbul à basse altitude toute la nuit, se sont emparés temporairement de la Télévision publique, ont investi les locaux de CNN, bouclé le siège de l’Etat-Major des Armées en prenant Hulusi Akar et le chef d’Etat-major et un certain nombre de haut-gradés en otage, bloqué la circulation sur un certain nombre de points stratégiques à l’aide de blindés et de troupes, parmi lesquels les ponts sur le Bosphore et les aéroports, bombardé l’Assemblée nationale semble-t-il à quatre reprises, pris d’assaut les bâtiments militaires et politiques stratégiques d’Ankara, parmi lesquels le siège des Services Secret et des Force Spéciales. Le Conseil de Paix Nationale a déclaré s’être emparé de l’ensemble des pouvoirs en Turquie, par la voix de la présentatrice de la chaîne publique TRT. Après un moment de flottement, les responsables de l’Etat ont annoncé qu’ils refusaient ce coup d’Etat et appelaient la population à sortir dans les rues, investir les places publiques et s’opposer aux militaires. Les forces de police, fidèles au gouvernement, ont combattu les forces putschistes à de nombreux endroits. Erdogan s’est quant à lui fendu d’une déclaration indiquant qu’il s’agissait d’une tentative de coup de force et que les responsables en subiraient les conséquences, avant de grimper dans l’avion présidentiel et d’atterrir quelques heures plus tard. Le palais présidentiel et l’hôtel Marmaris où celui-ci a tenu un point presse après son retour à Istanbul ont été attaqués par les militaires, sans dommage pour ce dernier. L’ensemble des forces politiques s’est élevée contre ce coup de force, et une partie des députés à investi l’Assemblée Nationale pour protester et tenir les lieux. Partout dans le pays des partisans du gouvernement sont sortis dans les rues pour occuper l’espace public et réinvestir les bâtiments ou points tenus par les putschistes, au prix parfois de nombreux morts. Le bilan actuel, provisoire, annonce 90 morts et 154 blessés. Il paraît infiniment probable que le bilan définitif se révèle être beaucoup plus lourd. On sait qu’un certain nombre d’aéronefs contrôlés par les putschistes ont été abattus par les F16 de l’armée restée loyale au gouvernement. Partout dans les grandes villes, on a pu assister à des scènes d’arrestation de militaires putschistes par les forces de sécurité, et probablement un certain nombre de militants du régime. On annonce actuellement quelques 1400 arrestations dans tout le pays. Le gouvernement, qui point du doigt la « Structure parallèle », à savoir l’organisation de Fethüllah Gülen, semble être parvenu à récupérer les manettes et les déclarations belliqueuses, vengeresses ou triomphantes se multiplient à mesure que l’échec de la tentative du coup d’Etat se fait du plus en plus patent. L’AKP sort renforcé de cette nuit incroyable, en apparaissant une fois de plus comme un défenseur de la démocratie et du peuple, alors même qu’il ne cesse de fouler cette démocratie au pied depuis plusieurs années. Les théories d’un coup d’Etat monté de toute pièce par l’AKP pour renforcer son pouvoir se multiplient chez les opposants ; autant dire d’emblée que cette hypothèse est parfaitement farfelue.

SMS envoyé dans la nuit par l’Etat pour contre le coup d’Etat : « Nous attendons l’ensemble de la population sur les places publiques pour défendre la volonté nationale et la démocratie. La République de Turquie »

 

LE FIL DES EVENEMENTS AU COUR DE LA NUIT

 

TENTATIVE DE COUP D’ETAT EN TURQUIE.

Des militaires ont coupé l’accès aux ponts du Bosphore à Istanbul, peut-être bientôt à l’aéroport, des avions de chasse survolent Ankara, des combats ont eu lieu, apparemment, au niveau du siège du MIT (services secrets) et de logements militaires. Le Premier-ministre, Binali Yildirim a déclaré que tout ce qui sera nécessaire sera fait pour réprimer cette tentative et que le recours à la force a été autorisé.

 . Hypothèse alternative : il s’agit d’une fausse tentative de coup d’Etat pour justifier la prise de contrôle totale du gouvernement sur l’Etat et la proclamation d’un régime d’exception valable dans tout le pays.

. DECLARATION SUR LA TELEVISION PUBLIQUE A VENIR

 . Le siège de l’Etat-major à Ankara aurait été encerclé par les forces de police (qui sont a priori fidèles au régime). On parle d’une explosion dans un bâtiment des Forces spéciales. Des tanks…

 . LOI MARTIALE DECLAREE EN TURQUIE

 . Coup d’Etat militaire confirmé. L’armée a déclaré la loi martiale.

 . Le scénario est donc bien le suivant : tentative de coup d’Etat militaire et réaction du gouvernement et des forces de police

 . Aéroports bloqués

 . Le chef d’Etat-major serait apparemment retenu ou pris en otage par les putchistes 

 . Les « fethullaçi » pointés du doigt par le gouvernement

 . Le bâtiment de la Télévision publique (TRT) sous le contrôle des putchistes et des militaires sur la place Taksim.

 . Donc je résume : des tircs d’hélicoptère à Ankara, des tanks à Bagdat Caddesi à Istanbul, plusieurs haut-gradés retenus par les putschistes à l’Etat-major général des Armées.

 . Probablement que les médias sociaux vont sérieusement ralentir assez rapidement.

 . Les militaires désarment la police (fidèle au gouvernement) au siège de la Sécurité publiue à Istanbul.

 . Des échanges de coups de feu au niveau du premier pont sur le Bosphore, de source sûre.

 . Les responsables de l’AKP émettent des messages pour mobiliser la population et dénier toute légitimité aux putschistes

 . Bruits selon lesquels Erdogan aurait fuit le pays par avion (nota : en fait Erdogan a décollé à bord de l’avion présidentiel pour se mettre en sécurité)

 . DECLARATION sur TRT en ce moment même

 . J’ai pris en cours mais a priori : Le nom de groupe putchiste : Yurta Sulh Konseyi, Conseil de Paix Nationale.

 . « Des mesures pour empêcher les sorties du territoire ont été prises »

 . Les motivations du coup d’Etat parle d’autocratie, de négligence, de non respect des droits, de corruption, de non protection du pays contre le terrorisme…

. Les putschistes déclarent : « Les forces armées turques se sont emparées de l’ensemble des pouvoirs afin de d’assurer l’ordre constitutionnel, la démocratie, les drotis et libertés, réinstaurer l’état de droit et rétablir l’ordre public. Nous maintenons l’ensemble des traités et engagements internationaux et espérons maintenir des bonnes relations avec l’ensemble des pays du monde. »

. Donc le groupe à la tête des putschistes s’appelle : YURTA SULH KONSEYI (YSK), Conseil de la paix nationale. Je précise tout de suite qu’il y a de fortes connotations kémalistes. Le mot Sulh (paix), qui n’est plus utilisé en turc, et le mot Yurt (patrie, nation) rappelle un slogan et une directive de politique étrangère d’Atatürk, « Yurtta sulh, cihanda sulh » : « Paix dans le pays, paix dans le monde ».
. Erdogan a réagi.

Erdogan invite le peuple turc a sortir dans la rue.

 . Erdogan parle de révolte contre la souverainté populaire, invite la population à sortir dans les rues, dans les places publiques, rappelle qu’il est le chef des armées et que la chaîne de commandement habituelle a été suspendue.

 . Il menace les responsables du putsch d’en payer le prix.

 . A vrai dire Erdogan semble assez dépassé ou sous le choc (on le serait à moins…).

 . Partout en Turquie les gens achètent des produits, retirent de l’argent… Chacun craint que la situation ne dégénère dans les jours qui arrivent.

 . REACTION D’ERDOGAN
Erdogan : Il s’agit bel et bien d’une tentative d’une minorité au sein des forces armées. Il s’agit d’un mouvement téléguidé par la structure parallèle (Ndt : comprendre, les Gülénistes). Les mesures nécessaires seront prises à l’encontre de ce mouvement qui s’en prend à la concorde nationale. Pour s’en être pris au pays avec les moyens de la nation, avec des tanks, des hélicoptères, ils en paieront le prix. Nous surmonterons cela en restant droit dans nos bottes. Quel qu’en soit le prix, nous ne nous laisserons pas faire. Je suis certain que cette invasion sera repoussée très rapidement. Qu’ils ne mettent pas notre résolution à l’épreuve.
J’invite l’ensemble de la population à sortir et à se rassembler sur les places publiques, et qu’ils fassent ce qu’ils veulent avec leurs tanks et leurs obus. Je n’ai jamais reconnu d’autorité supérieure à celle du peuple, et je ne vais pas commencer aujourd’hui.
La chaine de commandement a été complètement suspendue. (…). En temps que président, je suis le chef des forces armées. Ce mouvement dont je n’ai pas eu la connaissance en tant que chef des armées relève de la justice qui fera le nécessaire incessamment sous peu.
Journaliste : on prétend que le chef d’Etat-major est retenu en otage…
Erdogan : oui, j’ai moi aussi entendu la même chose, mais je ne sais pas à quel point cette information est fiable. Les choses sont troubles durant ce type d’évènements. Ils en payeront le prix, je peux vous affirmer cela.
(Ndt : comme les déclarations sont transcrites un peu n’importe comment par les journalistes, pour le moment, c’est de l’a peu près…)

 . Une partie de la population descend dans les rues

 . Les Bekir Bozdag, les Numan Kurtulus, les responsables de l’AKP appellent tous à résister contre le Coup d’état (même s’ils n’utilisent pas le mot)

 . L’ancien président Abdullah Gül appelle les militaires à retourner dans leurs casernes. Il pousse une gueulante : la Turquie n’est pas un pays d’Amérique latine ni un pays Africain. Bref, ce n’est pas une république bananière. Les concernés apprécieront… :)

 . Le ministre de la Défense Fikri Işık a confirmé que le chef d’Etat-major était retenu en otage par les putschistes.

 . Apparemment le mot d’ordre de la part du gouvernement et des hauts fonctionnaires est d’indiquer qu’il s’agit d’un groupe ultra-minoritaire au sein de l’armée (1er corps d’armée), qui initié un « mouvement », une « tentative », sous le contrôle des gülénistes.

 . Le palais présidentiel aurait été touché (mortier ? hélicoptère ? avion ?) à deux reprises fois…
 . Une foule se presse à l’aéroport Atatürk d’Istanbul apparemment, pour forcer l’accès.

 . A Tarlabaşı, à Istanbul, des opposants au coup d’Etat marchent dans les rues au cri de Yallah Bismillah Allahü ekber.

 . 17 policiers auraient été tués lors de l’attaque du siège des forces spéciales

 . Un hélicoptère des putchistes abattu.

 . L’Assemblée nationale se réunit en session extraordinaire

 . Réactions : Kiliçdaroglu a condamné le coup d’Etat, mais sans trop de vigueur j’ai l’impression. Le HDP aussi, « par principe ».
 . Un mort suite à l’intervention des militaires contre la population qui marche sur le pont du Bosphore à Istanbul.
. Les militaires positionnés sur les ponts stambouliotes se sont vus donner deux heures pour abandonner leurs positions par les « loyalistes ». Dans le cas contraire, ils seront abattus.

 . Trois hélicoptères, deux avions de chasse aux mains des putschistes à Ankara, rapportent les médias turcs.

 . Le MIT annonce que le coup d’état a été déjoué (c’est sans doute un peu prématuré…)

 . Des sms envoyés aux citoyens turcs pour soutenir le gouvernement : «  »Türk Milletinin değerli evlatları.Bu hareket Ankarada ve İstanbulda devletin zırhlı araclarını ve silahlarını gasp etmiş dar bir kadronun , 70 li yıllardaki gibi davranarak millete karsı bir kalkışmasıdır. Şerefli Türk milleti demokrasine ve huzuruna sahip çık. Türk milletini sindireceğini düşünen bu dar kadronun hareketine karşı sizleri sokağa ve milletinize sahip çıkmaya çağırıyorum.
Devletine milletine sahip çık
Recep Tayyip Erdoğan »

 > « Chers enfants de la nation turque… (…) Nous vous appelons à sortir dans les rues et protéger le pays. Recep Tayyip Erdogan. »
. L’Assemblée nationale attaquée. Apparemment les députés ne sont pas touchés

 . Les députés veillent à l’Assemblée nationale. Il y aurait des combats au niveau de l’Etat-major, et deux explosions ont été entendus à proximité de l’Assemblée nationale.

 . Apparemment les locaux de la télévision publique ont été récupérés par les anti-putschistes

 . Des avions de chasse continuent de survoler Istanbul.

 . Le gouvernement fait savoir que les avions vont être abattus par missiles…

 . Il semble de plus en plus clair que la tentative de coup d’Etat a avorté

 . L’avion d’Erdogan atterit sur l’aéroport d’Atatürk.

 . Les hélicoptères Super cobra et Sikorksy aux mains des putschistes auraient été abattus par les F16

 . Des militaires sont entrés dans le studio de CNN, au centre Dogan Medya Center. Ils sont arrivés par hélicoptère.

 . L’Assemblée Nationale touchée une quatrième fois par une explosion

 . CNN sur le point de couper son live.

 . Les militaires demandent en direct comment couper la caméra plateau de CNN. Surréaliste…

 . On attend toujours qu’Erdogan prenne la parole.

 . Apparemment il y a une foule qui s’est amassée autour des locaux de CNN.

 . Aucune nouvelle de ce qui se passe à l’Assemblée nationale

 . Erdogan fait une déclaration depuis l’aéroport

 . Rien de nouveau dans la déclaration d’Erdogan qui semble un peu secoué.
« La volonté nationale, le peuple, la nation turque… les responsables seront punis… Un groupe appartenant à une organisation connue de tous (Gülénistes)… »

 . L’hôtel où Erdogan se trouvait il y a quelques temps est pris pour cible par des militaires (mais Erdogan a bougé depuis…). 
. Nouvelle intervention d’Erdogan, qui semble un peu au bout du rouleau d’ailleurs. « Cette attaque est une bénédiction, car elle nous permettra de nettoyer l’armée turque de ses traîtres »

 . Bon, Erdogan est reparti dans un discours fleuve… Il reprend des forces au fur et à mesure qu’il parle et reprend ses airs de tribun. 

 . CNN émet à nouveau

 . Erdogan a annoncé que son secrétaire général avait été « pris » (retenu, capturé, pris en otage.. ?)

 . Binali Yildirim : « C’est une deuxième guerre d’Indépendance »

 . Le gouvernement semble avoir plus ou moins repris le contrôle, tout le monde se fend de sa petite déclaration martiale.

 . Des affrontements continuent à plusieurs endroits. Des avions ont décollé de la base d’Eskisehir pour s’opposer aux putschistes et abattre le ou les avions/hélicoptères encore en leur possession.

 . Plus de 130 militaires interpellés, a déclaré le Premier ministre

 

Attentat d’Ankara : la thèse du complot généralisé

15 Oct

Complot

Le double objectif de l’attentat d’Ankara

Chronique de Bülent Orakoğlu pour YENI ŞAFAK
12/10/2015
Article original

Bülent Orakoğlu

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Attentat d’Ankara : Comme un air de déjà-vu

15 Oct attentat d'ankara

Deux kamikazes, une centaine de morts, quatre fois plus de blessés et un pays qui semble de plus en plus vaciller au bord du gouffre… L’attentat d’Ankara, au cœur de la capitale turque, à quelques centaines de mètres du siège national du MIT (Services Secrets) et de la Police marque une entrée sanglante dans une campagne électorale qui tiendra peut-être plus d’une campagne militaire.  Depuis les dernières législatives, l’AKP a perdu sa majorité absolue au Parlement et aucune coalition n’a pu être mise en place en dépit des diverses tractations qui ont occupé une bonne partie de l’été. Principal point d’achoppement: les affaires de corruption qui entachent durablement la crédibilité de l’AKP. Erdogan qui craint de se retrouver enfermé dans une fonction présidentielle essentiellement symbolique, obligé de « cohabiter » avec un gouvernement de coalition semble s’être engagé dans une fuite en avant dont personne ne connaît l’issue. Le parti kurde HDP a bouleversé les équilibres politiques et passe désormais pour la cible à abattre, bien plus encore que le PKK dont il fut un temps la vitrine politique. Frontalière de deux pays qui n’ont plus guère d’Etat que le nom, accueillant sur son territoire près de deux millions et demi de réfugiés syriens, la Turquie semble de moins en moins à l’abri d’une période de convulsions politiques susceptible de dégénérer en guerre civile à bas bruit. A Dieu ne plaise… Force est de constater que les tensions et rancoeurs accumulées, la polarisation extrême du champ politique, l’absence de solution à la question kurde, la politique du pire pratiquée par le pouvoir et l’effet délétère des guerres politico-confessionnels qui déchirent le Moyen-Orient ne laissent rien augurer de bon. Soucieux, comme à l’accoutumée, de fournir des clés de compréhension sur la situation intérieure du pays, je vous propose aujourd’hui une chronique signée par Kadri Gürsel, un journaliste bien connu en Turquie, spécialiste des enjeux internationaux et de la question kurde, qui fut un temps correspondant pour l’AFP en Turquie et contribue notamment au journal Milliyet et au site d’informations Al Monitor. Cette chronique est parue dans le journal en ligne indépendant Diken. Elle reflète assez bien les réactions de la plupart des militants, intellectuels, journalistes ou sympathisants de gauche en Turquie, qui considèrent que cet attentat n’aurait jamais pu avoir lieu sans un certain nombre de complicités au sein de l’appareil étatique, voire qu’il a été commandité depuis le sommet de l’Etat.  Suivront sous peu des éditoriaux parus dans la presse pro-gouvernementale, qui offrent évidemment un tout autre son de cloche mais vous permettront, je l’espère, de mieux comprendre l’état du débat politique qui agite le pays[1].

20140329 kadri gursel

Chronique de Kadri Gürsel pour DIKEN / kadrigursel@diken.com.tr
12/10/2015
Article original

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Bilan de la campagne électorale des législatives turques de 2015

6 Juin

Analyse de la campagne législative et du rôle pivot du HDP à la veille d’élections déterminantes pour l’avenir du pays.

 

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